PIMPRENELLE ET COQUINETTE
PIMPRENELLE ET COQUINETTE
☆ Pimprenelle et Coquinette ; Molène, Réglisse, Mélisse, Achillée, Mimosa, Pluchon, Brebion, Bourbitou, Zanzibar, Zibeline, Zébulon, Salsifis, Salicorne, Sabline, Bleuet et Coquelicot. ++ Séquoia. ☆
À Jutigny, chez Marine et Fabien, il y a 18 moutons et brebis, et un chien, qui vivent paisiblement le long d’une rivière. Cette rivière porte le nom de La Voulzie, et sur son chemin il y a un vieux moulin à eau, qui porte le nom de Brebis Laine. C’est là que vivent Marine et Fabien. Jutigny se situe dans le sud de la Seine-et-Marne (le 77). À peu près entre Nangis, Provins, et Nogent-sur-Seine, pour être plus précis. C’est également tout proche de la réserve naturelle nationale de la Bassée, située en plein cœur de la vallée de la Seine, et pour laquelle travaille Fabien.
J’étais en stage avec ell·eux et les moutons au printemps dernier, de mi-mars à mi-mai.
Fabien, il est naturaliste, avec une spécialisation en botanique et en ornithologie. Enfin, j’emploie le terme “spécialisation” mais ce n’est pas à entendre comme un titre officiel, mais plutôt comme des spécialités de coeur. Son travail au sein de la réserve consiste en la protection, la gestion et la transmission des différentes connaissances et des espèces habitant·es de la réserve. Il y a de nombreux protocoles mis en place à ces effets, comme par exemple un recensement régulier de la faune, de la flore et des milieux naturels, des suivis scientifiques prolongés, de l'éco-pâturages, des animations, de l'accueil de publics, ou encore des études d'outils juridiques pour la préservation de certaines zones.
Il n’est alors pas rare de croiser Fabien au beau milieu de la réserve, scrutant les hautes herbes, les feuillages, ou les cimes des arbres. Son regard et son ouïe sont à la fois toujours posés quelque part, et toujours en mouvement.
Marine, elle a fait tout plein de choses dans sa vie, mais en ce moment, et depuis plusieurs années, elle a des moutons et des brebis dont elle s’occupe. Elle tisse la vie et la laine. Les premiers moutons qu’i·els ont eu c’était parce qu’un de leurs amiexs, Jean-Marie, leur avait donné. Je ne me souviens plus desquels il s’agissait … Quoi qu’il en soit,
au fil des années, Marine et Fabien en ont récupéré plusieurs, pour arriver aujourd’hui au nombre de 18. Il y a également un gros chien blanc, un patou, qui s’appelle Séquoia, qui vit et veille continuellement avec et sur les moutons, et qui raffole de calins parce qu’il n’y a pas assez de travail pour lui.
Mais au vieux moulin, il y a également :
☆ la Voulzie
☆ la barque du neveu de Marine
☆ la maison d’un troglodyte mignon
☆ la maison d’une mésange bleu
☆ de la violette dans le jardin
☆ ainsi que : des acacias, des sureaux, de (très grands) peupliers, un figuier
☆ un grand pré (mais pas assez grand pour y faire pâturer les moutons)
☆ et beaucoup d’autres bouts de vies, trop nombreux·ses pour être tous·tes cité·es
pratique qui existe depuis vraiment très très longtemps (l’antiquité), bien avant que les territoires ne soient aménagés, mais ce n’est que récemment que l’idée d’en faire un outil de gestion des milieux n’a émergée, en parallèle d’une prise de conscience sur les impacts écologiques des modes de gestion modernes des environnements (entretiens mécanisés, produits phytosanitaires, etc). Les enjeux de l’éco-pâturage sont donc multiples. C’est une pratique alternative à la gestion conventionnelle, mais également une pratique agricole s’inscrivant dans les perspectives et les réflexions actuelles concernant la gestion écologique, douce et durable des espaces et des milieux.
De plus, un des plus gros enjeux des pratiques d’éco-pâturage réside dans leur caractère non productif. L’objectif de production ne se situe plus au premier plan, mais bel et bien au second, le premier étant la gestion environnementale des espaces et la protection de la biodiversité.
Alors quand les moutons pâturent à la réserve l’été, en plus de se régaler, i·els entretiennent également les différents espaces de la réserve. C’est vraiment beau de les voir là-bas. I·els ont l’air trop heureux·se et ça se voit. Coquinette et Pimprenelle courent dans tous les sens, elles sautent par dessus les autrexs et se chamaillent. Fabien connaît par cœur toute la flore de la réserve, alors quand il se balade, il observe, il prend des notes et tisse les liens entre les besoins des plantes et ceux des moutons pour définir différents espaces où pâturer.
Tout est affaire de bonnes ententes, de bonnes alliances. Et en ce sens, le rôle de la·e naturaliste-bergèr·es est plus qu’important.
Pendant ce temps (pendant leur mois d’absence au printemps) ce sera l’occasion de prendre soin des enclos, d’enlever le fumier, de nettoyer la remorque, de laisser les fleurs pousser, de préparer le moment de la tonte qui arrive à grand pas. Ou alors de laver et de trier la laine de l’année passée, de finir de mettre en pelotes les grosses bobines, de réfléchir à la confection des prochains vêtements.
Auprès de Marine, j’apprends à filer la laine, sur un de ses rouets en bois. C’est assez technique et difficile au début, il faut aller vite avec ses mains, mais lentement avec ses pieds. Il faut arriver à dissocier les tâches,
faire comprendre à son cerveau que tout ne va pas au même rythme (que tout ne peut pas aller au même rythme) mais qu’avec un peu d’écoute et d’attention, tout peut s’arranger délicatement. Les premiers fils ne sont pas réguliers, c’est normal, mais c’est aussi cette irrégularité qui en fait leur beauté. C’est ce que Marine me dit pour m’encourager, elle aime pas forcément que les choses sont “bien faites”, mais elle aime quand elles sont faites de manière appliquée et sensible.
Apprendre à filer la laine c’est comme apprendre à démêler les relations, à comprendre comment elles s'influencent et évoluent ensemble. C’est aussi apprendre à vivre au rythme des différentes vies qui s’entremêlent.
Je suis vraiment heureux d’avoir pu être là au printemps. Au moment où tout renaît de l’hiver, où les environnements changent tous les jours. Quand je suis arrivé il n’y avait encore aucunes feuilles sur les arbres, et presque pas un oiseau pour chanter. Marine avait hâte que les acacias soient en fleurs, Fabien attendait patiemment le retour du martin pêcheur. Et puis un beau jour il me disait : “Ahh tu as entendu ? C’est le pipit des arbres qu’on entend là-bas, je t’en avais parlé il y’a deux semaines, tu te souviens ? C’est la première fois qu'on l’entend depuis qu’il était parti”.
Alors pendant ces deux mois, en plus du travail avec Marine et Fabien, j’ai fait un peu de couture, et de teinture naturelle. Mais j’ai surtout passé la plupart de mon temps dehors. J’avais trouvé mes endroits préférés, j’y retournais régulièrement pour voir comment ils changeaient. Je faisais des cueillettes pour préparer des sirops : de pâquerettes, de fleurs d’aubépine, de fleurs de sureau, de romarin, de fleurs d’acacia. Je passais mon temps sur des blogs de recettes, ou dans les livres de Marine. J’essayais de retenir le nom des oiseaux, des moutons et des fleurs.
BONUS : LES LISTES
Ces deux mois passés auprès de Marine et Fabien ont été source de tellement de rencontres et d’attentions que j’avais trop peur de tout oublier en rentrant. Alors tout au long de mon bout de chemin avec ell·eux j’ai fait des listes. Des listes pour chaque rencontres, pour chaque oiseau et pour chaque plante. Un peu comme un journal, ça me permettait de garder une trace, une archive, de tous ces bouts de liens.
liste des oiseaux observés et/ou entendus :
☆ cell·eux dont j’ai appris à reconnaître le chant.
☆☆ cell·eux que j’ai appris à identifier visuellement.
☆☆☆ cell·eux dont je connais le chant et que je sais identifier visuellement.
° milan noir et milan royal ☆☆
° buse variable et balbuzard pêcheur
° hibou moyen duc
° chouette hulotte ☆
° bergeronnette grise, bergeronnette des ruisseaux, bergeronnette printanière☆
° fauvette à tête noire ☆ et fauvette grise
° merle noir ☆☆☆
° pinson des arbres ☆
° roitelet triple bandeau ☆
° accenteur mouchet
° troglodyte mignon ☆
° mésanges bleues et mésanges charbonnières ☆☆☆
° pouillot véloce ☆
° alouette des champs ☆☆☆
° bouvreuil pivoine
° chardonneret élégant
Picidés :
° pic épeiche
° pic vert ☆
tussilage, lierre terrestre ☆, ficaire ☆, primevère officinale ☆, iris des marais ☆, cardamine des prés ☆, populage des marais, aubépine ☆, pissenlit ☆, lamier jaune, lamier blanc, lamier pourpre ☆, marguerite sauvage ☆, ophrys araignée ☆, lierre terrestre ☆, orchis militaire ☆
anémone des bois, églantier commun, parisette à 4 feuilles ☆, acacia ☆, barbarée commune, véronique ☆, consoude officinale, mourons des champs, arum tacheté, menthe aquatique, jacinthe des bois, bugle de genève, saule argenté ☆, euphorbe des bois ☆, noisetier, euphorbe des marais ☆, cornouiller sanguin, chèvrefeuille commun, viorne lantane